
Sur son profil facebook, on pouvait lire : «Mélodie Nelson va bientôt dévierger lesbiennement Rose-Aimée T. Morin.» C’était beau et angoissant à la fois.
—–> C’est que, voyez-vous, j’ai un gros kick culturel sur l’auteure du blogue « Martini à la vanille, sodomie et vibrateur » et en apprenant qu’elle voulait bien répondre à mes questions, je suis devenue super excitée, mais j’ai aussi eu peur de ne pas être à la hauteur. Parce qu’il faut comprendre que quand Mélodie Nelson dit à son millier d’amis Facebook qu’elle va te dévierger, tu vis comme une certaine pression.
J’ai donc fait part de mes sentiments à la principale intéressée. Elle m’a promis d’être douce et de sentir la vodka. Mélodie Nelson est vraiment une fille qui sait te mettre en confiance.
pokpok.tv: La personne qui te stalke sur Facebook pourra remarquer qu’il y est indiqué que tu es une ancienne actrice porno (et une adulatrice de Jésus). Fiction ou réalité?

Mélodie Nelson: Je crois en Jésus pour vrai. Parce que dans ma très courte carrière d’actrice porno, j’ai jamais eu de mec qui m’ait fait saigner de la chatte avec une bite plus grosse qu’une cannette de coca zéro, et j’ai jamais eu de maladie même si mille mecs me sont passés dessus. Je prie à chaque jour, mais l’église proche de chez moi est trop laide pour que je m’y rende à chaque dimanche, je m’en veux un peu. Au mois de mai, je publie un livre sur mon expérience dans l’industrie du sexe, tout le monde en mouillera j’espère.
pokpok.tv: On t’imagine un peu comme la reine du blogue au Québec, une espèce de tombeuse assoiffée de jeunes vierges qui trône sur la blogosphère (genre aux côtés de Tchendoh) et que les autres blogueuses détestent parce qu’elle est total sexuelle. Est-ce que notre perception de l’univers web littéraire d’ici est juste ou c’est plutôt un monde doux, aimable et orgiaque? Tout name-dropping sera le bienvenue.
Mélodie Nelson: Je suis capable de parler non stop de mon chirurgien, monsieur Claude Proulx, mais sinon, je suis toujours gênée de faire du name-dropping, pardon. J’aime tout le monde, moi, même si je devine que c’est pas tout le monde qui m’aime, ou qui salive quand je dis que mon petit cul s’ouvre chaque jour pour une grosse queue. Mes lecteurs sont trop choux, et je mouille quand je pense aux milliers de personnes formidables qui m’ont accueillie chaleureusement dans la blogosphère (notamment Nate Le Gris que j’admire trop parce qu’il est total cool même s’il ne se saoule pas, et Patrick Dion que je love parce qu’il porte des t-shirts serrés et qu’il sent bon). J’aime croire que les pétasses qui ne m’aiment pas se trompent en pensant que le féminisme c’est se raser les aisselles une fois seulement par année et avoir trente livres en trop, pour être certaines d’avoir une toile d’araignée dans la chatte et de ne pas se faire prendre pour un objet sexuel à l’épicerie. Je reçois jamais de courriels antipathiques, j’en suis surprise, mais comme j’ai déjà dit à Tchendoh, c’est sans doute parce que tout le monde connaît mes liens avec la mafia et me redoute trop même si trente pour cent de mon poids est dans mes boobies.
pokpok.tv: On t’imagine aussi recevoir des centaines de courriels de lecteurs hornys et obsédés par ta personne. Définis-tu des limites aux relations que tu entretiens avec tes fans? Sens-toi libre d’élaborer…
Mélodie Nelson: C’est très récent, les courriels horny. Avant je recevais surtout des courriels de filles qui me demandaient des conseils de couple ou des conseils de chirurgien plastique montréalais. Ça me touche aussi beaucoup de recevoir des courriels de lecteurs qui me remercient de rendre tout ce qui entoure la sexualité accessible et déculpabilisant. Mais depuis un mois, ouh la la, je suis total gâtée par les cochonnets : un black qui joue dans des films pornos me propose des photos de sa queue, un mec me raconte qu’il bande en pensant à moi lors d’une rencontre avec une ministre, un mec me donne son adresse et me dit de venir tout de suite m’asseoir sur sa face, un se rebaptise Master Pimp et me confie qu’il est vierge, et un autre me raconte des histoires excitantes de professeure qui touche sa bite sous la douche après une heure de gym.
Je ne promets aucune sortie dans un bar à aucun d’eux, s’ils le proposent, je leur dis que je suis bien avec mon mec super jaloux et ancien joueur de rugby, et ils respectent tous ça. Je me rapproche d’autres personnes, avec qui ça clique direct, je vais bientôt me vernir les ongles au salon Candy Nail avec une lectrice trop chouette, je fantasme sur Peaches avec une autre, et je bois un verre de Baileys sur glace au Confessionnal avec un mec captivant devenu un copain grâce à la magie des réseaux sociaux.
J’ai coupé le contact avec un seul mec, qui m’écrivait des trucs plein de fautes d’orthographes et qui me répétait non stop qu’il avait une enveloppe avec mille dollars dedans, juste pour moi, si j’acceptais d’aller au restaurant avec lui. Je suis pas riche mais je suis capable de m’acheter des robes de pétasse et de la vodka, alors j’ai pas besoin de sa putain d’enveloppe.
pokpok.tv: Quand on te lit, on se demande s’il existe encore des tabous. Est-ce qu’il y a des sujets auxquels tu ne t’attaquerais pas?
Mélodie Nelson: Je ne crois pas avoir de tabous en sexualité. Plein d’autres ont dépassé la limite des tabous avant moi, mais pas dans un contexte populaire, sans volonté de choquer. Je souhaite juste montrer que toute sexualité assumée peut être saine et amusante. J’aime écrire en toute liberté que je me rase les jambes avec une mousse au melon d’eau et que la sexualité au quotidien n’est pas obligée de se dérouler dans un lit avec cent chandelles sur la table de chevet. Mais il y a des sujets sur lesquels je ne discuterai jamais, sur mon blogue. Je ne parle pas de maladies, sauf vaguement, mon grand-papa souffre d’Alzheimer et je glisse un mot parfois là-dessus, et je veux rester légère dans mes propos, si je suis un peu déprimée parce que je fais de la rosacée ou que j’ai grossi d’un kilo ou que mon mec me boude, je ne l’écrirai pas. Je vais me saouler avec une copine à la place.

pokpok.tv: Le style érotico-trash-urbain (?) te va à merveille, mais on se plaît parfois à t’imaginer dans d’autres contextes. Si Mélodie Nelson se lançait dans la littérature jeunesse, on pourrait s’attendre à quoi comme premier récit?
Mélodie Nelson: J’adorerais écrire de la littérature jeunesse. Je lis toujours des romans pour adolescents, comme la série des Vampiresà Manhattan, un genre de Gossip Girl mixé à Twilight, et les livres Epizzod de Marie-Hélène Poitras et Marie-Sissi Labrèche. J’étais libraire jeunesse avant, j’ai toujours préféré la littérature jeunesse aux livres de cuisine ou aux grands classiques russes.
J’ai déjà publié une nouvelle dans Lurelu, une revue consacrée exclusivement à la littérature jeunesse, ça s’appelait Mon père est amoureux d’une perruche. J’y écrivais sur la meilleure collation au monde ever (des tranches de concombre coincées entre deux chips crème sûre et oignons), sur Madonna, et sur les gros seins d’une gentille belle-mère.
Mais j’ai toujours de la difficulté à pas écrire sur le cul. Déjà à huit ou neuf ans, dans mon journal intime, j’écrivais que j’avais hâte de faire l’amour pour la première fois. Besoin de preuves ? Faut demander à ma cousine et à un de mes frères, qui me piquaient tous mes journaux intimes.
pokpok.tv: Question simili-féministe, mais au fond pleine d’admiration : Est-ce que Mélodie Nelson est une femme libérée ou un simple appât de chair à mâles?
Mélodie Nelson: Je suis une femme libérée et une attention whore. J’ai besoin de me faire remarquer autant par les mecs que par les autres filles. Ce n’est pas parce que je me rabaisse à des idéaux porno-machistes irréels. C’est

parce que je suis comme ça, je suis une belle-maman qui sèche les cheveux de sa belle-fille en chantant Jingle Bells, et une pétasse qui se vernis les ongles deux fois par semaine, qui angoisse sur les poils au-dessus de sa lèvre supérieure, et qui est fière de son cul et du gros grain de beauté sur sa chatte. Je me considère totale féministe, mais dans la lignée de Diablo Cody, de Virginie Despentes et d’Amanda Blank, qui refusent de faire le choix dêtre pute ou sainte. Je veux tout être, et je le peux, pas besoin de rejeter la chirurgie esthétique et de manger du gâteau au chocolat à tous les jours pour se sentir bien dans sa peau.
pokpok.tv: Pour terminer le tout, vérité ou conséquence?
Mélodie Nelson: Conséquence. Je suis prête à tout. J’espère le fouet. Et ton strap-on, chérie.
Mélodie Nelson, je t’aime.
On y peut rien, cette photo nous turn on! -Signé: l'équipe de pokpok.tv
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